mardi 3 avril 2018

Bleu comme le ciel

J'aime beaucoup les vide-greniers. Depuis quelques années, je vis dans une région où c'est quasiment une coutume dominicale ; on peut même acheter des bouquins référençant toutes les brocantes de la région. Et croyez-moi, le livre n'est pas mince du tout ! Victor Hugo n'a qu'une maigre avance niveau nombre de pages !

J'aime l'idée de me lever tôt pour arriver avant qu'il n'y ait trop de monde. On prend le petit déj et hop ! en voiture. Pour les lits et la vaisselle ? et bien, on les fera au retour ... Dimanche dernier, on est donc allé à la première brocante de l'année. On la fait tous les ans. Un peu par habitude je crois ; notre ritournelle à nous, probablement.

J'espère toujours trouver un petit trésor, une paire d'aiguilles à tricoter n° 4 par exemple, ou une bobine d'une couleur qui serait parfaite pour un prochain projet ... mais ce dimanche, le trésor n'était pas posé sur une table de camping ; il était juste derrière cette table. J'étais en train de découvrir des sachets de pelotes, 100 % laine, de bains identiques, de quantité me permettant de faire des ouvrages sans avoir recours à des rayures ... quand le propriétaire de ces jolies pelotes a entamé la conversation. Un monsieur au visage avenant, doux, avec de beaux cheveux tout blancs. Un papy mais sans l'être dans son attitude. Il nous a expliqué que toutes ces pelotes appartenaient à sa femme qui était maintenant "là-haut" et à ce moment, il a regardé le ciel d'une manière vraiment particulière ; il avait dans les yeux une étincelle, presque de la coquinerie, de la connivence. Cela peut sembler bizarre, mais il m'a fait un peu penser à un enfant qui sait que son copain est caché, prêt à faire une blague mais que nous, nous ne voyons pas. Je commençais à être un peu mal à l'aise. Je ne savais pas trop quoi faire, ou quoi dire.
Il ne semblait pas triste du tout et nous a expliqué qu'Elle était toujours avec lui de son là-haut à elle, qu'il ne se sentait jamais seul. Ils avaient vécu beaucoup de belles choses, fait trois jolies filles ... et ce qui m'a le plus marqué, c'est que pour lui Elle n'était pas morte, car tant qu'on pensait à la personne, elle ne mourrait pas. Il a expliqué que c'était sa foi qui le guidait dans cette pensée, mais je ne sais pas si c'est seulement la foi qui en est le moteur. Ne serait-ce pas aussi l'amour ?
Il ne s’apitoyait pas, ne s'est pas appesanti sur les causes de ce départ précipité, mais a partagé sa complicité avec elle, leurs voyages, le dernier qu'il a fait tout seul en Laponie et je suis certaine qu'en regardant les aurores boréales, il était avec elle. On a ensuite parlé d'algues et de pesto de plantain qu'il avait déjà cuisiné et toutes les nombreuses plantes sauvages qu'on allait bientôt pouvoir recommencer à savourer ....

Sa vision sur l'être aimé faisait écho mais je ne peux pas dire que dans mon cas, il s'agisse de la foi qui me guiderait vers cette pensée car je ne pense pas avoir une foi aussi "puissante" si on peut le dire ainsi, que lui. Est-ce l'amour ? la peur, peut-être aussi ? Je ne sais pas. Mais je suis certaine qu'un lien d'amour ne peut pas se rompre. Que ceux qui ne sont plus là, continuent d'être là, à leur manière à eux, mais bien là, dans nos cœurs, dans notre quotidien.

Alors, pour finir cet article sachez que je lui ai acheté ses pelotes, quelques unes vertes mais pour la plupart d'entre elles, bleues comme le ciel d'où elle veille sur lui. Je les ai lavées et elles sont à sécher maintenant :

propriété exclusive de www.assisesuruneetagere.blogspot.com

Je vous dit à bientôt.


"Il y a quelque chose de plus fort que la mort,

c'est la présence des absents dans la mémoire des vivants"
Jean d'Ormesson


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