lundi 31 octobre 2016

Les oubliés

L'année dernière, dans les cimetières, je m'étais rendue compte qu'il y avait pas mal de tombes au nom effacé et à la vie oubliée. Qui était-ce ? Quand ont-ils vécu ? Difficile de supposer leur vie quand plus rien ne reste gravé.
Cela me dérangeait parce que pour moi, quelqu'un meurt réellement lorsque plus personne ne pense à lui. Je sais qu'il y a l'éloignement, le décès des descendants, mais je n'aime pas ça quand même.

Alors, cette année, j'ai acheté des fleurs en plus pour qu'à chaque cimetière, on pense aussi à quelqu'un d'oublié.

Dans le cimetière catholique du village de mes beaux-parents, Grand Asué a choisi un grand tombeau à l'écriture presque invisible. En prenant le temps de déchiffrer, je me suis rendue compte que le premier à y avoir été mis en terre avait fini sa vie en 1885 ! Je ne m'attendais pas à une date si lointaine. Quelle avait été sa vie, les circonstances de son départ ? Beaucoup de questions. Pas de réponse. Mais une supposition : il n'était pas seul, il avait une famille car d'autres lui ont succédé et au vu du nom, ils faisaient partie d'une famille bien implantée dans les environs.

Dans le cimetière protestant de ce même village, un tout petit cimetière, Petit Asué a déposé ses fleurs sur une tombe sans marbre ni croix, à peine un monticule tassé par le temps et les innombrables années. Juste une petite plaque "A ma grand-mère". Rien d'autre. Pas de nom, pas de date, pas d'autre personne pour lui tenir compagnie dans l'au-delà. J'étais vraiment attristée de sa solitude. Sa tombe était une des premières en entrant et pourtant, combien de personnes se sont arrêtées pour avoir une pensée ? J'étais encore plus retournée à l'intérieur de moi-même, triste pour cette tite mémée.

Dans le dernier cimetière, il n'y avait pas beaucoup de tombes oubliées. Est-ce parce qu'il est dans une ville ? je ne sais pas. Peut-être. Je n'avais pas prévu de fleurs pour celui-là mais je le ferai pour l'année prochaine, c'est promis. Je n'oublierai pas cette promesse parce que j'ai découvert en déambulant, un coin à part. Pas dans un coin, non, plutôt le contraire : un endroit délimité par des petites haies au milieu du haut du cimetière. J'étais plutôt curieuse et c'était les personnes de confession musulmane qui étaient là. Il n'y avait pas qu'eux, quelques polonais, portugais, mais je n'ai pas arrêté de me questionner sur le fait de cette séparation. Est-ce une demande des familles, un choix de la mairie ? je ne sais pas mais c'est un peu dommage que même la mort ne rassemble toujours pas les gens. Il y avait des sépultures qui s'enfonçaient dans la terre, d'autres avec du carrelage pour faire la dalle du dessus et beaucoup moins de fleurs, et beaucoup d'oublis. Alors, l'année prochaine, je choisirai une tombe, certainement la plus oubliée parce que c'est triste d'oublier les gens.

Oublier, c'est comme une petite mort et moi j'en veux pas, je veux la vie, même au cimetière, et surtout au cimetière.

A très bientôt

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